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L’Hocaille, sommet de la ville, on y vient pour le sport. Il y a d’abord le chemin, épreuve en soi. Il y a ensuite ces piscines, thermes d’un nouveau genre où l’on vient plus par loisir que pour les soins du corps. 

Sur la place, quand tu y auras grimpé, tu devineras déjà l’aire de jeu du Blocry, nouvelle Olympie en Belgique. Au début de la place, arrête-toi, ça sent, non ? Bon ou mauvais, le vent apporte de drôles d’effluves : fumet de viandes grasses, huiles frémissantes, sauces épicées : mais qu’est-ce donc ? des frites et leurs cent accompagnements ! l’odeur vient des côtés, de derrière, de partout. Après le sport, tu as le choix pour manger : la roulotte, sur le parking, l’échoppe, place des Ondines, en contrebas. Et puis tu auras soif ! n’oublie pas que ce n’est pas d’eau que les Wallons remplissent leurs verres, mais de bière, blonde, toujours plus forte !

Mens sana in corpore sano : après le corps, l’esprit. Avance sur la place : tu vois ces bâtiments ? ça parait bizarre, on dirait un je ne sais quoi d’agricole. Jadis on y a consacré un temple au culte de Dionysos, ce féru de la scène. Oh, ce n’est pas que l’endroit soit propice à l’ivresse, aux bacchanales, à la débauche : ça, c’est plutôt l’apanage du Biéreau. Mais, le grand Bacchus est chez lui à l’Hocaille, ne serait-ce que dans ces morceaux de chair éclatée, ces sculptures fragmentaires, près des auditoires Coubertin, non loin de là. Le temple donc, dédié au théâtre, au théâtre du Blocry. Certes, l’endroit a gardé de son charme bucolique, de son ancienneté fermière : n’est-ce pas la fenêtre d’un fenil que tu devines au-dessus de la porte ? Mais la ferme du Blocry porte les marques de l’esprit : on y joue et on y apprend à jouer. Le lieu est aussi une école, les néophytes de la scène y livrent leurs premières batailles. 

Alors, toi aussi, monte à l’assaut, détourne-toi de la ferme, jette-toi par la vue dans ce dénivelé vertigineux qui se trouve en face. On y devine une cuvette, un creux, avec le lac au centre. Derrière, on voit Les Bruyères, des habitations qui émergent des versants boisés de la colline. Tu t’es décentré, reviens vers la place, observe un instant les toits des bains : l’architecture accompagne le relief, comme si les formes de la bâtisse épousaient la topographie naturelle. On pressent ici que l’art prolonge la nature, il peut la sublimer mais ne la trahit pas.

PLACE DE L'HOCAILLE

MAXIME DEBLANDER