Béatrice Bonhomme, Le jour s'arrêtera au cri

Le jour s’arrêtera au cri qu’elle a poussé quand elle a compris qu’elle avait perdu son enfant.


A un moment, j’ai tellement ressenti la souffrance de mon frère, que je me suis dit que je ne l’avais jamais connu. C’était ça l’absence de recours.


J’ai recherché quelques photos de lui et moi, petits ou adultes. Un dessin plein d’humour comme il savait les faire, drôles de personnages aux grands yeux purs, sur lesquels il avait marqué : « Pour la créatrice de Nu(e), quintila, vagula, blandula, alias Béatrice ».


Je me suis souvenue qu’enfant il m’appelait : « Bêtise de Cambrai », toujours avec ce petit sourire inimitable.


Je me suis dit qu’il ne reviendrait jamais à Cluis dans sa maison aux volets orange. Et qu’il avait eu le courage d’y croire et de me dire : « Je reviendrai ».

Il avait promis à ma mère de lui porter lui-même un bouquet pour sa fête. Ces quelques fleurs, c’est moi qui les ai rapportées. Celles qui avaient été déposées sur son cercueil.


Il reste aussi ce jasmin.


Il avait eu le courage de croire à la vie alors que tout lui annonçait sa mort et il n’avait jamais plié. C’est peut-être pour ça que j’ai gardé son numéro dans mon portable et je me dis qu’un jour j’entendrai de nouveau sa voix posée sur le monde.

Béatrice Bonhomme-Villani

dans, L'indien au bouclier, Mers-sur-Indre, Collodion, 2014.

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